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Note : Psychologie expérimentale et abstraction

jeudi 4 mai 2006, par Louÿs Jacques

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Des chercheurs de l’unité Inserm 562 dirigée par Stanislas Dehaene, avec l’aide des services de Neurophysiologie clinique, Neurologie et Neurochirurgie de la Pitié-Salpêtrière ont publié une nouvelle étude le 24 avril 2006, étude de psychologie expérimentale "réalisée chez 36 sujets sans pathologie cérébrale" à propos de l’influence de l’inconscient (sic) sur le repérage de mots émotionnellement connotés. "Le vécu émotionnel lié à ces mots a permis d’amplifier leur perception jusqu’à les rendre conscients".

Mais aussitôt des commentaires polémiques surgissent, du genre : "alors que la théorie psychanalytique prédirait plutôt un refoulement de ces mots chargés d’émotion, et donc une plus faible probabilité de les percevoir consciemment, ces résultats montrent au contraire qu’une expérience émotionnelle inconsciente favorise le passage vers la conscience." (in INSERM).

On se demande où les chercheurs ont obtenu leurs notions de psychanalyse...

Premièrement, il ne s’agit pas d’inconscient au sens de la psychanalyse, mais de préconscient dans ce cas. Le préconscient, c’est le conscient du virtuel, ici celui d’un regroupement virtuel de mots. L’inconscient, c’est la machinerie signifiante qui permet ce genre de travail.

Deuxièmement, le refoulement à l’oeuvre dans le conscient-préconscient est le refoulement de ce qui ne colle pas avec la série . Le pôle émotionnel du psychisme est celui qui permet l’abstraction, celui qui permet que se créent des séries globales d’éléments perceptifs comme des mots regroupés, en refoulant ceux qui ne collent pas avec la série . On peut bien "globaliser" des éléments émotionnellement connotés pénibles, pourquoi pas ? On rejette alors relativement, on refoule, ceux qui sont neutres, non émotionnellement connotés (ou même positifs s’ils sont rares).

Cette expérience montre comment fonctionne l’affectif comme élaboration psychique d’abstraction et elle pourrait être élargie à bien d’autres possibles. Mais si les chercheurs ne comprennent pas le mécanisme du refoulement émotionnel, ils continueront d’errer longtemps à la recherche du module positiviste ad hoc créant la conscience et toujours plus introuvable...


Ajout d’août 2006 :


Eh bien, si l’on en croit Raphaël Gaillard et Lionel Naccache de l’Hôpital de la Salpêtrière, les chercheurs de l’Inserm U.562 ne sont pas fermés à la notion d’abstraction [1] :

« L’exploration neuro-scientifique des processus mentaux inconscients fait l’objet de nombreuses recherches depuis les années 1970. L’une des questions qui motive ces travaux repose sur les limites de cette cognition inconsciente : quels niveaux d’abstraction peuvent atteindre de telles représentations ? Le débat principal porte surtout sur l’existence de représentations mentales sémantiques inconscientes, c’est-à-dire sur la possibilité d’un accès inconscient à la signification de stimulus tels que des mots, des nombres ou des image »

Le communiqué de l’INSERM étant entre-temps revenu "en cours de saisie" (!), nous suivrons avec intérêt les corrections qu’ils y apporteront éventuellement... On peut retrouver en attendant le communiqué sauvegardé sur Leg PSY :

On peut aussi lire les autres communiqués :

Notes

[1] in : L’enregistrement de l’amygdale révèle un accès inconscient au sens des mots
Revue : M/S : Médecine sciences
Numéro : Volume 21, numéro 10, Octobre 2005
URI : http://www.erudit.org/revue/ms/2005/v21/n10/011577ar.html

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