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Note sur le traitement médicamenteux de l’hyperactivité symptomatique et des impulsivités

D 1er mars 2006     H 22:23     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 


 Action et inhibition


 

Dans le jeu oscillatoire des fonctions psychique que nous utilisons ici, une opposition de base est celle des fonctions d’action et des fonctions d’inhibition, s’équilibrant sans cesse selon le mode de fonctionnement de l’homéostasie psychique (Voir l’article : « Le modèle oscillatoire de la réalité psychique : un modèle trans-niveaux » ). Le psychisme agit dans ce qu’il considère comme la réalité et il réagit en limitant son action . Puis, il arrête de se retenir pour reprendre le chemin de l’action . L’équilibre homéostatique est une conception qui évite d’avoir à poser un “milieu”, un siège de l’âme quelque part.

Les fonctions psychiques s’équilibrent et se limitent même si l’appareil psychique n’a pas d’énergie propre . Il dépend en effet des pulsions corporelles et des chocs externes, ainsi que des réverbérations internes et externes pour pouvoir osciller. Ce qui choque au dehors est aussi ce qui réverbère vers l’interne, de même que ce qui pulse intérieurement est aussi ce qui retourne le flux psychique vers l’extérieur.

 


 

La seule complexité est que l’intérieur de l’humain ne se limite pas à son intérieur corporel propre. Bien avant son élaboration narcissique, dans la constitution de la dyade mère-enfant des débuts de la vie, cet intérieur est entre deux corps par les pulsions d’attachement. Et plus tard, il sera de nouveau à deux corps dans la relation sexuée . Entre temps, la construction du narcissisme aura permis qu’un psychisme individuel se construise, qu’un corps propre émerge, mais parallèlement à une construction “sociale”, à l’ appartenance à un “corps social”, notamment avec l’acquisition du langage et des relations de parenté.

Généralement les symptômes d’hyperactivité sont repérés dans le champ social pour les perturbations qu’ils amènent chez les autres de ce social, mais cela concerne en fait tous les registres du psychisme.

 


 L'inhibition comme mode de défense et l'hyperactivité comme symptôme


 

Actions et inhibitions vont se contrebalancer au travers de ces différents registres où fonctionne le psychisme . Dans chacun de ces registres, on va pouvoir avoir un équilibre ou un certain déséquilibre des fonctions contraires . Si l’inhibition prend le dessus, on aura globalement une dysharmonie de développement au détriment des capacités d’action . Les causes, comme toujours, en seront multiples : génétiques, épigénétiques, traumas et influences diverses de l’histoire de la personne...

 


 

Si la retenue de l’inhibition s’effondre à un moment donné, réapparaïtra l’action de façon impulsive et globalement inefficace : l’hyperactivité comme symptôme . La personne n’arrive plus à se retenir d’agir mais par des actions diverses inefficaces, mal organisées et brouillonnes.

Le sujet pourra alors se reprendre et se remparder dans son déséquilibre de fond pour éviter l’apparition du symptôme ; il construira un caractère inhibé comme moyen de défense . L’inhibition psychique devient une façon de vivre .

 


 

Cela tiendra jusqu’à ce que le symptôme refasse surface, soit que le psychisme ne supporte pas éternellement d’être ainsi tordu dans un côté seulement de ses capacités fonctionnelles (et les capacités de maintenir l’inhibition sont personnelles à chacun, avec parfois une capacité très faible pour certains), soit qu’un événement imprévu, une contrariété rende la position psychique de l’inhibé insupportable . Les deux sortes de causes s’accumulent pour que les positions défensives de la personne s’effondrent ; le symptôme d’hyperactivité réapparaît et une “maladie” psychique s’établit .

Si c’est le pôle affectif de l’inhibition qui est majeur, sera repérée une hyperactivité de type “orale” comme symptôme ; voir à ce sujet l’énumération des symptômes d’action ternaire dans l’article : “Logique clinique de la psychose affective

Si c’est le pôle “cognitif” de l’inhibition qui est majeur, on aura une symptomatologie de type “anale” ; voir à ce sujet l’énumération des symptômes d’action duelle dans l’article : “ Logique clinique de la névrose”

 


 Traitement médicamenteux de l'hyperactivité symptomatique


 

Les neuromédiateurs, cibles des psychotropes :

 


Les neuro-médiateurs, cibles des psychotropes

 

1 ) Diminution de la force du symptôme

Le traitement de l’hyperactivité peut se faire par des médicaments réduisant les capacités neurologiques d’action :

  • benzodiazépines,
  • anti-androgènes,
  • barbituriques,
  • neuroleptiques “modernes” qui ont aussi une activité anti-sérotonine cérébrale [1] etc.

Des doses très importantes de ces médicaments peuvent être nécessaire pour lutter contre l’énergie non-contrôlée du symptôme ; on doit réduire les capacités d’action de la personne quasi à néant pour pouvoir être efficace, au prix de la sédation de la personne et des effets secondaires divers de ces produits.

Il s’agit donc de médicaments utiles dans le cadre d’un traitement d’urgence mais dont la prescription a tendance à se pérenniser car souvent, dès qu’on lève le couvercle médicamenteux , le symptôme réapparaît. De plus, des régulations croisées se produisant, une certaine accoutumance se produit chez la personne ainsi traitée et une tendance à l’augmentation des doses s’ensuit. Le sevrage en est souvent très difficile pour ces raisons [2].

Enfin, si on utilise les tranquillisants à dose trop faible pour déprimer complètement les circuits d’action, on va aggraver encore l’impulsivité et rendre paradoxalement l’hyperactivité encore plus incohérente.

 

2 ) Augmentation des possibilités de rétention

Le traitement de l’hyperactivité peut se faire aussi par des psychotropes stimulant l’inhibition au niveau neurologique :

  • amphétamines
  • méthylphénidate
  • certains antidépresseurs agissant sur la noradrénaline et la dopamine cérébrale
  • certains neuroleptiques dopaminergiques à dose faible
  • anti-parkinsoniens comme le ropinirole réservé aux formes graves du syndrome des jambes sans repos etc.

Ce sont aussi des médicaments d’urgence en ce sens qu’ils permettent à la personne de revenir à ses positions défensives d’avant . Il peuvent être tout à fait associés aux précédents qui diminuent la force du symptôme si on tient compte des précautions à prendre au niveau de la tolérance réciproque.

Le sevrage en est souvent aussi difficile, notamment quand les capacités de rétention cognitives et affectives de la personne ne sont pas bien grandes et que, dès que le traitement s’arrête, le tableau d’hyperactivité revient. Ce traitement d’urgence devient alors préconisé à vie pour certains, faute de prendre en compte le problème de fond, à savoir celui des capacités d’action.

Enfin, si on stimule de trop les circuits neurologiques inhibiteurs, on peut provoquer un effondrement de ceux-ci sous l’effet de la surcharge et produire un effet paradoxal d’accentuation de l’hyperactivité symptomatique.

 

3) Le traitement de fond

Le traitement de fond médicamenteux (régulateurs d’humeur y compris le lithium, certains antidépresseurs sérotoninergiques etc.) pâti des difficultés certaines de sa mise en place car si on le prescrit chez quelqu’un en phase d’inhibition, on va provoquer l’apparition de passages à l’acte divers (qui sont peu envisagés, peu repérés et pris en compte par les vendeurs de ces médicaments) ou on va aggraver dans un premier temps une hyperactivité préexistante.

 


 Conclusion


 

Si le traitement médicamenteux a ses avantages car facile à prescrire en urgence, notons qu’il ne prend pas en compte la diversité des registres qui peuvent être en cause :

  • dyadique
  • narcissique
  • social
  • sexué

Or, chaque registre nécessite une réflexion propre sur les manières de procéder, soit pour une intervention d’urgence, soit pour une prise en charge de fond.

Il présente donc le risque, en s’éternisant, de faire oublier les autres traitements à entreprendre (quand il n’est pas préconisé comme seul traitement envisageable : voir l’utilisation du méthylphénidate chez l’enfant hyperactif avec déficit d’attention.)

 


Popularité :
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[1Notons qu’en France, la rispéridone du laboratoire Janssen-Cilag vient d’obtenir l’AMM sous forme de RisperdalORO© (qui se délite sur la langue) dans l‘indication : « Enfant de 5 à 11 ans présentant un retard mental accompagné de troubles du comportement (tels que agressivité, agitation, impulsivité, automutilations), en monothérapie »

[2On peut consulter à ce sujet avec profit le site de Mme le Pr Ashton : Les Benzodiazépines : Comment agissent-elles et comment s’en sevrer ?

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